Son aura est parée d’un saisissant mirage :
Elle marche pieds nus dans les braises ou l’argent ;
Le pourpre est abondant autour de son corsage.
Elle approche pour voir mugir les éléments.
Alors des yeux si bleus, des étoiles volages,
Brillent au firmament d’un reflet bienveillant ;
Ses mains jouent de la lyre, improvisent des pages,
Que l’on relie d’après mémoire ou dans l’instant.
Un scribe assis, de marbre, écoute ses pensées,
Et fige sur des tables en des signes ornés
La vérité céleste, immuable, insondable.
Enfin, se retirant, la déesse d’emplir
Lentement des amphores aux trésors vénérables ;
Dans son repos, les Lois se verront resplendir.
L’ORIENT
Ses jolis cheveux noirs lui caressent l’échine ;
Et lui de se pâmer dans ce claque à bonheur :
Parfums, Ylang-Ylang, opium, et grenadine,
Bercé par un frisson indolent de douleur.
Voilà qu’elle le nargue ; il est fou d’une Chine
A l’encre délavée, aux pinceaux enjôleurs.
Derrière un décor noir le théâtre se mine ;
Il dort, la bouche ouverte, aux prises avec la peur.
A vouloir traverser des couloirs de marasmes,
Pacotilles d’Orient, comme un triste fantasme,
Ont laissé dans ses mains un sinistre éventail.
Sur la carte postale : une malle des Indes ;
Exotisme fuyant, les images se scindent
En mystère voilé d’un rêve de Shanghaï
MIROIRS
Quelquefois, il me vient l’envie, comme un présage,
De me laisser bercer par un train qui louvoie ;
Il me conduit vers toi, mais non sans quelque émoi ;
J’ai cru te voir parmi tant de reflets volages...
Les miroirs de l’ennui renvoyaient un mirage
Où la nuit m’emmenait dans son écrin de soie :
Des anges mystérieux m’interrogeaient sans voix,
Couraient dans mon jardin, enfilaient des images.
L’eau des songes dessine, en perlant sur mes joues,
Des ruisseaux silencieux filant on ne sait où,
Lentement s’écoulant, sans perdre patience.
Si, au clair de la Terre, tu rêves, mon amour,
J’implore la raison de cueillir chaque jour
L’une de mes pensées dans mon cœur de
faïence.
INTIMITE
Aurais-tu en secret versé dans mon calice
Un divin elixir, ou quelqu'autre potion ?
Le philtre d'amour fait cette nuit mon délice :
Un moment de désir inonde l'horizon.
Tu es ma valériane : un remède mignon
Que je bois. Tes yeux bleus attisent mes caprices
Et me voici parti chevaucher l'Hélicon.
Notre trésor je garde en mon coffre à malices.
A ton charme, doublé d'un délicieux mystère,
Je m'égare parfois à ne plus pouvoir faire
Le poids de la raison ou des folles pensées.
Je veux chanter louange à la fille sublime :
Oui ! Pour ta beauté vraie ma lyre est accordée.
Je dédie ce sonnet à nos rêves intimes.
LA CLEF DES CHAMPS
S'est entravé dans le dictionnaire
Quand certain soir expire le mystère ;
S'est évadé par hélicoptère.
Rue du Temps passé je me suis effacé ;
Une amertume à la vue de ta rue :
Des oiseaux fous me volent autour des yeux.
S'est envolé dans le dictionnaire ;
La clef des champs il y a découvert,
S'en est allé par delà les hauteurs.
EVANESCENTE
Plonger dans l'eau de Grâce, approcher des lueurs :
Ses yeux seraient si doux qu'on les verrait sourire ;
Il faudrait être ailleurs et trouver un navire
Pour l'emmener danser dans les tièdes pâleurs.
Mais où vont les Titans, rois de l'apesanteur,
Qui font Dieu qui voudrait, caressant le délire ?
Alors suivant le vent qui pourrait la conduire,
La beauté, désormais, enfile sa pudeur.
Si fine et frêle à vif, le flot des idées sombres
Lui rongerait son frein, sans emporter son ombre,
Dans l'érotisme avide, un tourbillon du soir.
Le mensonge est sublime, et le soleil rayonne.
Sylphide évanescente, en songes, se pardonne
De les voir absorber les fumées d'encensoir.
LUNE ET NUIT
Soufflée
Voilée
Hâlée
*
Lune et Nuit
Dormirais-je
Elle rêve
Près de moi
D'une trêve
Dans la barque
Le sommeil
*
Rares sont les passants
Sur l'Océan Indien
Qui filent aux quatre vents
Et qui se perdent au loin
Lune et Nuit sur la hune
En regardant les cieux
Je cherche une lagune
Pour ancrer dans le bleu
*
Lune et Nuit
Quand chuchotent
Les lumières
Du dedans
Réfléchir
Un miroir
Tristement
*
Toilée
Dévoilée
Délivrée